Pierre Pincemaille (8/12/1956 – 12/01/2018) :

La cérémonie religieuse se déroulera à l’église Saint-Martin d’Herblay (SNCF Saint-Lazare) mercredi 17,  à 11 heures.
L’inhumation aura lieu en Bretagne, au nouveau cimetière de Tréflez (29430) jeudi 18 matin.

J’ai l’immense tristesse de vous informer que Pierre Pincemaille nous a quittés cette nuit, vendredi 12 janvier, victime d’un cancer du poumon qui l’a emporté en 3 mois.

À tous ceux qui ont connu le musicien, le pédagogue, l’ami, le membre d’une famille aimante et unie, je veux dire le privilège d’avoir vécu 30 ans avec cet être exceptionnel. Ce fut un challenge au quotidien que de suivre un homme passionné, excessif en toutes choses, généreux, exigeant, engagé, dérangeant souvent… mais aussi une vie riche de complicité, de projets communs, de voyages, de rencontres rendues possibles grâce à lui.

Je suis heureuse d’avoir, avec lui, organiste liturgique à nul autre pareil, embelli « notre » cathédrale de Saint-Denis de la musique qu’elle mérite et d’un répertoire à la mesure des 600 fidèles chaque dimanche matin, et des rois de France qui y reposent et attirent les touristes en nombre. J’ai toujours pensé que ce poste était fait pour lui, amoureux de l’Histoire de France, de l’architecture gothique et des belles liturgies. Il voulait reproduire dans « sa » Cathédrale ce qu’il avait connu à Notre-Dame avec le grand Pierre Cochereau.

Je suis chanceuse d’avoir, avec lui, concertiste infatigable, parcouru le monde de l’Ouest des USA au Japon. Ne manquait que l’Australie… Ce fut l’occasion de concerts mémorables. Pierre adorait partir en tournée. Chaque orgue était une nouvelle rencontre. Il avait cette capacité à très vite « faire connaissance » avec un instrument, en faisant abstraction de celui qu’il venait de jouer la veille. Sa plus grande fierté était d’entendre l’organiste qui l’invitait lui demander ses secrets de registration pour faire sonner son orgue au mieux…

Je suis fière du pédagogue qu’il était, soucieux de ses élèves, ne les lâchant jamais, les menant avec hargne jusqu’au succès ! Combien sommes-nous (j’en fais partie) à avoir bénéficié de son enseignement, à Poitiers, Chatellerault, Saint-Germain, Saint Maur, Paris, Lyon, Rosny, Brest, Conflans… Professeur depuis 1980, il a d’abord enseigné l’accompagnement, puis l’écriture, l’orgue enfin. Dans cette discipline (pas sa préférée, si ce n’est qu’elle a permis notre rencontre…) il lui a fallu du temps pour accepter d’enseigner l’art de l’improvisation. Il ne voulait pas donner ses « trucs », conseillant au prétendant à l’improvisation de simplement l’écouter, comme il l’avait fait lui-même avec Pierre Cochereau.  S’il était doué, le reste viendrait naturellement… Il s’était résolu pourtant, il y a une quinzaine d’années, à transmettre son savoir-faire, assurant ainsi une filiation Pincemaille dans cette grande tradition de l’école d’orgue française.

Pierre se disait musicien, avant d’être organiste. Sa Culture musicale, et générale, était  immense et faisait l’admiration de tous. La présentation qu’il faisait de ses propres concerts, les anecdotes concernant les compositeurs et leurs œuvres, comblaient immanquablement son public. Sa préférée : la mort de Louis Vierne à ses claviers. Il ménageait le suspense en racontant, au présent, comment le célèbre organiste de Notre Dame avait rendu l’âme en jouant une note de pédale que tous, en bas, avaient pris pour le début de l’improvisation… Pierre aurait aimé un départ théâtralisé de ce genre, et nous sommes plusieurs à l’avoir craint lors de son récital anniversaire du 5 novembre dernier, ses 30 ans de tribune à Saint-Denis. Cet après-midi là, très symboliquement, ce sont les 4000 tuyaux du grand Cavaillé-Coll qui ont soufflé à travers ses poumons. Il n’y a pas d’autre explication à ce moment de grâce extraordinaire. Il nous faisait ses adieux, et nous offrait en cadeau cette grandiose Messe de Vierne et ses 3 motets, tout juste achevés, aussi la pièce en sol de Bach symbolisant, à son sens, les 3 âges de la Vie.

Pierre était Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres, Chevalier des Palmes académiques, Chevalier de l’Ordre de Saint Grégoire le Grand. Ces trois médailles sont le reflet d’une carrière professionnelle diversifiée longue de 40 années : organiste et concertiste, enseignant musicien, musicien au service de l’Église. Une carrière riche de rencontres avec des mélomanes dans le monde entier, des élèves poussés à l’excellence, des prêtres devenus ses amis. Sans pour autant combler l’éternel insatisfait qu’il était…

Sa musique me manque déjà : ses improvisations dominicales à Saint-Denis, l’interprétation magistrale de ses compositeurs favoris : Bach, Franck, Vierne, Alain, Duruflé. Il nous reste de lui tous ses enregistrements, et le souvenir éphémère et précieux de ses improvisations, brillantes, généreuses, émouvantes, maîtrisées mais imparfaites… à l’image de l’homme qu’il était.

Merci pour tous les messages que vous lui avez adressés ces dernières semaines. Messages si précieux de soutien, de reconnaissance, d’amitié, de fidélité.

Ils l’ont aidé à nous quitter, heureux du chemin parcouru.

Pierre venait d’avoir 61 ans.

Anne-France

 

Dernière mise à jour : vendredi 12 janvier 2018 dans Accueil.